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Après Calvin, nombre de protestants vont comparer leur propre combat à l'opposition que fait Augustin dans son autre oeuvre majeure, écrite au moment des invasions barbares, entre la Cité de Dieu et la Cité des hommes confondue avec celle de l'antéchrist. En bien ou en mal, sa postérité est considérable. Dans le monachisme occidental d'abord : La règle de saint Augustin va inspirer des ordres proprement augustiniens (chanoines réguliers, ordre de Saint-Augustin), mais aussi les prémontrés, les frères prêcheurs, Saint-Anselme, etc.
Ensuite, au-delà du Moyen Age, sa mystique spéculative, son ascèse, son gôut de la recherche intérieure et de la contemplation s'imposeront. Mais la scolastique médiévale, par sa prétention à séparer la philosophie et la théologie, à faire de la foi le fruit de la raison, va faire dévier l'oeuvre d'un Augustin qui n'était, au fond, comme dit un expert, Goulven Madec, qu' « un pasteur d'âmes, un commentateur des Ecritures, un théologien si l'on veut, mais assurément pas un dogmaticien ». On ne peut comprendre l'évolution des mentalités et de la culture en Occident sans restituer à la pensée d'Augustin cette place qu'elle accorde au péché et à la culpabilité. C'est lui qui aurait conçu « un Dieu despote, inaugurant une logique de peur et de terreur pour mieux impressionner les âmes ». Il aurait été « le promoteur de cette morale qui identifie le sexe au péché et à la concupiscence », écrit la théologienne allemande Uta Ranke-Heinemann.
Toutes ces images vont perdurer du Moyen Age à la naissance de l'humanisme, à la Réforme, au jansénisme d'un Pascal - « néant de l'homme sans Dieu » -, au pessimisme d'un Kierkegaard et d'un Bernanos, dont les personnages tourmentés témoignent d'un augustinisme sans miséricorde. A cause de l'intériorité et de la subjectivité que l'évêque d'Hippone a inscrites dans l'histoire de la pensée, le cardinal Newmann, au XIXe siècle, faisait d'Augustin « le grand phare du monde occidental ». S'il est de tous les temps en effet - on vient d'éditer ses Confessions en Pléiade -, ce n'est pas pour les « traités » de philosophie ou de théologie qu'Augustin n'a... jamais écrits, mais pour ses confessions, ses méditations, ses correspondances, ses manuels simples à l'usage d'une bonne vie chrétienne, dictés par ses tâches pastorales ou les controverses du temps. Au-delà des polémiques qu'il n'a jamais cessé de susciter s'impose surtout l'itinéraire d'un converti, d'un prêtre, d'un évêque, d'un intellectuel engagé, qui commente la Bible et forge des thèmes qui, fait observer un autre spécialiste, Marcel Neusch, sont réellement passés à la postérité : le rapport entre Dieu et l'Etre, entre le temps et le sujet, entre la grâce et la liberté.
De son temps déjà, en parlant d'Augustin, des commentateurs le qualifiaient d' « abeille de Dieu » et savouraient « le nectar de sa pensée ». La riche tradition arabe et musulmane qui succédera à l'empire chrétien sur la terre d'Afrique du Nord en fera une sorte de « marabout », avant même qu'il ne devienne l'un des grands classiques de la littérature européenne. Car très jeune, Aurelius Augustinus connaissait par coeur les morceaux choisis de Virgile, Térence, Cicéron et Salluste. Ses volumes sont d'ailleurs tous imprégnés de ces périodes puisées auprès de Cicéron, de ces jeux de mots et de sonorités, de ces citations classiques et bibliques qui, plus tard, feront dire aux latinistes qu'on ne déguste bien Augustin, ce rhéteur de génie, qu'en le lisant à voix haute et en version originale.
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