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  Saint Augustin  Pages:  1   2  3  4  5    

  En 412, le concile de Carthage condamne les thèses pélagiennes. Quatre ans plus tard, Augustin obtient du pape Innocent Ier la condamnation de l'hérétique. « Nier le péché originel, explique-t-il , c'est nier le salut du Christ », c'est-à-dire la grâce qui est le don de Dieu à l'homme. Il ne met pas en doute la liberté de l'homme et de la nature, mais montre que, réduite à elle-même, cette liberté ne vaut pas grand-chose. Autrement dit, l'oeuvre de Dieu, dans le plan de salut, est originelle et centrale. C'est en lisant l'apôtre Paul qu'Augustin avait eu cette révélation de la primauté absolue de la grâce sur toute initiative humaine.

  Ainsi a-t-on fait d'Augustin le père du péché originel, expression qui désigne tout ce qui serait entré dans le monde avec le péché d'Adam et continuerait de se transmettre avec lui par la chair, la « convoitise » et la concupiscence. L'homme serait pécheur depuis sa naissance, d'un péché qui est de tout temps et universel. Mais Augustin ne fait ici que reprendre les récits de la Genèse sur la faute d'Adam et sa transmission à sa descendance, devenue un esclavage spirituel. Il ne fait que commenter fidèlement l'apôtre Paul.

  Le vrai fondement de la doctrine du péché originel n'est pas dans ses écrits, mais dans le parallèle établi par Paul entre Adam et le Christ. Pour mettre en relief le rôle de Jésus comme source de vie et de justice, Paul accable Adam, qui aurait plongé l'humanité dans le péché et dans la mort. D'où le baptême du petit-enfant que l'Eglise a inventé pour le libérer d'un péché qu'il n'a pas commis, mais qui lui a été transmis. En raison de la violence de la polémique pélagienne, Augustin a dramatisé et systématisé ce point de vue . Il fait du baptême « l'indispensable condition d'une régénération qui permet d'échapper au supplice de la mort éternelle et qui efface la culpabilité, sans pour autant enlever la concupiscence et l'ignorance initiées par la désobéissance d'Adam. Aussi bien, les enfants qui n'ont pas reçu le baptême subiront les effets de la sentence prononcée contre ceux qui n'auront pas cru et seront condamnés ». C'est ainsi que la chute originelle, à la suite de Paul et d'Augustin, est devenue, dans la théologie chrétienne d'Occident, « le début de l'histoire », comme écrit Jean Delumeau dans son livre sur Le péché et la peur en Occident, à la différence de la théologie juive, qui n'a jamais fait du péché d'Adam une « catastrophe primordiale ». A la différence aussi de la tradition chrétienne d'Orient, pour qui le péché n'est pas une catégorie majeure de l'expérience du salut.

 Avant Albert Camus, Dostoïevski est horrifié par la perspective d' « une damnation des enfants sans baptême ». Ivan Karamazov lance ce cri de révolte à son frère Aliocha : « Si tout le monde doit souffrir pour acheter l'éternelle harmonie, qu'est-ce que les enfants viennent y faire ? Je comprends la solidarité des hommes dans le péché, mais pas la solidarité des enfants dans le péché des hommes. S'il est vrai qu'ils soient solidaires de tous les crimes de leurs pères, c'est une vérité qui m'est incompréhensible. Un mauvais plaisant dira que l'enfant grandira et aura le temps de pécher. Mais cet enfant que l'on a fait déchirer par des chiens, à huit ans, celui-là n'a pas grandi. » Est-il vrai que le péché d'Adam, racheté par le sacrifice du Christ sur la croix, a été transmis de génération en génération ? Que Dieu a destiné les uns (les élus) au bonheur et les autres (damnés) à l'enfer ? Est-il imaginable que Dieu ait créé des hommes pour le plaisir de damner une partie d'entre eux ? C'est bien peu de dire que ce débat sur la grâce et la liberté, qui a éclaté dès l'Eglise primitive, a traversé toute la philosophie occidentale et la théologie chrétienne jusqu'à aujourd'hui.

 A tort ou à raison, Augustin a été mêlé à toutes les représentations les plus archaïques sur le péché, sur l'enfer, sur l'existence du mal et la « prédestination », cette gare de triage que Dieu aurait inventée entre les bons et les exclus, entre les parfaits et les damnés. Le véritable noeud du débat entre catholiques et protestants est également à cet endroit : l'homme peut-il faire son salut par ses propres efforts et mérites, ce qui serait, grossièrement résumé, le point de vue catholique ? Ou est-il radicalement pécheur, ne pouvant espérer le salut que dans la grâce de Dieu, justifiée par la foi, attestée par le baptême ? Cette dernière thèse de Luther, de Calvin et autres réformateurs ressemble comme une goutte d'eau à celle d'Augustin.

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